Mathilde Bennett

Qui
suis-je

Exploratrice M. – Bibliothèque du Bord  du Monde, Expédition n°1, Jour 3, photographie argentique couleurs n°29, 8×6 cm, Collectif Caboisett 2019

Plasticienne-scénographe, exploratrice de monde(s)

Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Arts et Médias de Caen, puis de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts décoratifs de Paris en 2020, je suis avant tout une terrienne attirée par la mer.

Aristote décrit la Terre comme une masse sphérique et immobile, qui ne permettrait à aucun autre monde de prétendre à l’existence. Et si je décidais de décortiquer cette sphère ? À travers mon travail artistique, je tente d’interroger la place de l’Homme qui se déplace et voyage dans le monde, ou plutôt entre les mondes qui existent à différentes échelles.

En tant qu’artiste, je me positionne dans un interstice, entre la fiction et la réalité. Installations, photographies, dessins : mon travail plastique utilisant des médiums divers, mes projets sont souvent liés à un travail d’écriture intégrant des personnages fictionnels, inspirés de rencontres sur mon territoire environnant ou de mes propres expériences de jeune femme, artiste, née en 1993 à Caen.

Une grande partie de mes recherches s’effectuent au cœur de l’infime limite entre l’espace Terrien et l’espace Marin : Le Bord du Monde, l’ultime ligne de l’écume, étudiée avec le Colletif Caboisett, dont je fais partie depuis 10 ans. L’exploration du territoire à pied, la recherche des limites et des frontières fragiles qui m’entourent et constituent le paysage sont donc au centre de ma démarche.

En tant que jeune artiste, je ressens un réel besoin d’archiver un état du monde qui existe au présent et qui sera peut-être voué à disparaître. Mon envie de prendre en photographie le littoral est aussi liée à la notion de nécessité et d’urgence : les limites qui m’inspirent tant sont en train de bouger, plus que jamais. Le Bord du monde est mouvant, friable, comme la mémoire et nos souvenirs. En effet, l’archivage est au cœur de ma pratique, et notamment l’archivage et l’étude des souvenirs. Je m’interroge sur les traces que laisse un souvenir, sur la manière dont il évolue, comment il peut se transmettre, se matérialiser, ou au contraire s’effacer doucement, de notre plein gré ou non…

La DRAC Normandie m’a d’ailleurs accordé cette année ( 2025-2026) l’Aide Individuelle à la Création pour une recherche en dessin, écriture et photographie :

 La pêcheuse de mémoire. La pêcheuse est concentrée, elle lève son filet. Un voile léger mais lourd de souvenirs volants s’engouffre dans les mailles serrées. Un fragment de mémoire vient d’être pêché. La mémoire d’un Bord du Monde lointain, en Irlande… Et si le vent dessinait et révélait un contour ? Une nouvelle limite : celle de nos corps.

Je questionnerai l’existence de cette ultime limite qui sépare nos mondes mentaux des mondes physiques et du paysage en allant en Irlande sur les traces de mon histoire familiale, accompagnée d’une boîte remplie d’archives et d’histoires migratoires.

« Ainsi, la terre est le point de départ où je me tiens, où je m’assure dans ma position d’être vivant dans le monde, et le point de départ d’où je peux prendre mon départ vers d’autres territoires… »

À l’angle des mondes possibles, PUF, Quadrige , 2010, Anne Coquelin, p.62

Médiatrice

Ma pratique artistique est étroitement liée aux projets de médiation et de création collective dans lesquels je m’engage avec beaucoup d’intérêt. Le partage de mes expériences et la participation d’un large public lors de certaines étapes de la création fait partie intégrante de ma vision de l’art, notamment avec le jeune public.

J’ai ainsi obtenu en 2020 le diplôme “AIMS : artiste intervenante en milieu scolaire”, décerné par le ministère de la culture et l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris après un an de résidence au sein d’une école primaire à Gennevilliers pour le projet D’un monde à l’Autre.

Par la suite, je suis intervenue au sein de différentes écoles primaires, comme par exemple lors de la résidence ICONOCLASSE avec la Galerie Duchamp, mais aussi accompagnée par l’IMEC de Caen ( Institut des mémoires de l’Edition Contemporaine). J’ai eu l’occasion d’échanger et de créer avec de nombreux collégiens, notamment en lien avec l’association F93 de Montreuil, mais aussi avec des étudiants en géographie, dans le cadre d’un échange avec l’Université de Caen.

Soutenue par le FRAC Normandie et le Collectif Caboisett, j’ai eu la chance de mener deux projets “Culture-santé” au sein de deux EHPAD Caennais en 2022 et 2024 aux côtés de l’artiste Jeanne Dubois-Pacquet.

Collectif Caboisette : explorations artistiques –
La Bibliothèque
du Bord du Monde

La Bibliothèque du Bord du Monde est un projet mené par des terriennes fascinées par la mer, formant le Collectif Caboisett. Ces d’artistes- plasticiennes, tentent par tous les moyens d’accéder au(x) Bord(s) du Monde, et de le(s) longer à pied.

Le Collectif Caboisett, fondé en 2015, est un collectif d’artistes caennais aspirant à une création artistique multiforme à partir de collectes et d’observations du territoire et particulièrement du littoral : le Bord du Monde …

Mais où se trouve le(s) Bord(s) du Monde ?  Pour nous, la limite entre l’espace Terrien et l’espace Marin en constitue un, significatif, d’une richesse infinie, vers lequel leurs intérêts se sont rejoints. C’est au bord de ce repère que nous avons décidé de focaliser notre énergie et notre travail plastique.

En marchant sur de longues distances le long du littoral à différents endroits du globe, nous souhaitons ralentir le rythme, afin de décortiquer les territoires et rencontrer le vivant qui y habite. Nous avons pour but de les archiver et d’en garder la trace avant qu’ils ne se transforment.

En 2019, dans la peau d’explorateurs, tels des artistes scientifiques, nous marchons de 600 km au plus proche de l’eau, du Tréport jusqu’au Mont Saint-Michel, en récoltant une importante matière première (photographies, vidéos, écrits, dessins, minéraux).

Par la pratique de la photographie, du dessin et de l’écriture, la récolte de témoignages, mais aussi de fragments de matières qui constituent ces territoires, les Caboisett constituent petit à petit une base de données, une cartographie en volume du littoral, vouée à grandir, de voyage en voyage, au fil des années. L’ensemble est accessible au public au sein d’une exposition-itinérante déjà existante qui évoluera elle aussi : la Bibliothèque du Bord du monde.

Collaborations